Au secours, mon père était communiste !

 

 

Je dis « était » non pas parce qu’il n’est plus de ce monde mais parce qu’il est en fin de vie (94 ans bientôt). Cette fin de vie de mon père est très douloureuse même si elle est dans l’ordre des choses compte tenu de son âge. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler. C’est de son militantisme communiste.

 

En 1937 (il a 17 ans), aux côtés de sa mère et de son frère, il milite activement. Réunions, discussions, vente de l’Humanité…

 

Alors que tous trois collent des affiches pendant la guerre pour dénoncer le nazisme, ils sont arrêtés et incarcérés. Sa mère (la grand-mère que je n’ai pas connue) mourra à Ravensbrück, son frère – déporté à Mathausen - en sortira très mal en point mais vivant. Quant à mon père qui a eu la chance (c’est lui qui le dit) d’aller en camp de travail en France, il recouvre la liberté en ayant perdu du poids mais pas ces idées communistes. Il recommence aussitôt à militer.

 

Quelques années plus tard… Mon père rencontre ma mère, ils se marient et je nais (nous sommes en 1947). Enfant, je ne comprends pas bien les tensions entre mes parents lorsque mon père s’absente pour des réunions, est au marché pour vendre l’Humanité, etc. Toutefois je vois bien que ma mère souffre des idées de mon père. Au fur et à mesure que les années s’écoulent, je prends conscience du sectarisme de mon père, je dirais même de sa dureté et d’un refus d’ouverture patent. Un jour, préadolescente, alors que ma mère était sur le point d’avoir la garde d’un enfant, j’apprends que les parents se sont rétractés parce qu’une voisine leur a dit « vous n’allez pas confier votre enfant à cette femme alors que son mari est communiste ! ». Puis, je découvre le régime dit communiste en URSS, la personnalité de Staline, ses pratiques de terreur. Mon père reste sur ces positions malgré toutes les tentatives de discussions. Il mettra plusieurs années avant de désavouer ce régime. Moi, dès que je suis en âge de voter, je vote à droite… jusqu’à l’élection de François Mitterrand pour qui je vote en 1981 (j’ai 34 ans), tout en gardant un profond rejet du communisme.

 

J’ai mis de nombreuses années avant de faire la distinction entre communisme et stalinisme en mettant cela sur le compte de mon histoire familiale. Je ne suis pas devenue communiste pour autant mais j’ai lu, j’ai écouté, je me suis documentée. J’ai aussi peu à peu privilégié les valeurs morales et humaines des personnes plutôt que de m’arrêter à leur « étiquette ».

 

Dans ma grande naïveté, je pensais que les femmes et les hommes d’aujourd’hui avaient fait la part des choses bien avant moi. Il s’est écoulé 61 ans depuis la mort de Staline (5 mars 1953), soit deux générations !

 

Quelle déconvenue a été la mienne lors de nos élections municipales quand j’ai vu, lu et entendu des propos anti-communistes qui étaient ceux que je tenais lorsque j’avais 20 ans ! Comment est-ce possible d’utiliser encore les arguments surannés de la peur ? Pourquoi tout focaliser sur un seul homme alors qu’il était entouré de colistiers, de gauche certes, mais de tendances différentes ? N’est-ce pas le contenu d’un programme, la connaissance des hommes et des femmes qui composent une liste, leurs valeurs, leurs compétences, leurs parcours, les engagements de chacun qui devraient suffire à nous guider dans notre vote ?

 

Si je respecte sans conteste le résultat de nos élections (nous sommes en démocratie), je regrette profondément que de telles méthodes aient été utilisées.

 

Dans cette ville de Die que j’ai aimée immédiatement quand je l’ai découverte en 1977 et dans laquelle je suis installée depuis 5 ans, je ne m’attendais pas à trouver de telles pratiques. Dont acte.

 

Mon père se meurt. Il était communiste. Mais pas seulement… Il y a bien longtemps maintenant que j’ai fait la paix avec lui. Et la paix avec moi.

 

Danny Ledroit

Soutien de la liste « Une gauche citoyenne pour Die »

05 Avril 2014

 

 

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